Une histoire de la sapologie africaine

Une histoire de la sapologie africaine

Manuel Charpy (CNRS, Université Lille 3), raconte l’histoire de la « sapologie » africaine : à Brazzaville, Kinshasa et à Paris, la SAPE (Societé des Ambianceurs et des Personnes Elégantes), plus largement désignée sous le nom de « sapologie », est un mouvement d’identité vestimentaire qui détourne et réinvente depuis plus de cent ans les codes de la mode parisienne. Contrairement à la plupart des « subcultures », il ne s’agit pas d’un mouvement spontané et éphémère. Très consciente de sa longue histoire, la sapologie est une forme revendiquée du dandysme. La transgression des codes vestimentaires européens, notamment au Congo, a commencé dès la fin du XIXe siècle. « Sortir ses griffes » est une expression courante de la « sapologie » . Il s’agit donc aussi d’une forme d’insoumission. Dans les années 1920, les autorités coloniales belges ou françaises ont pu effectuer des contrôles policiers sur les accoutrements vestimentaires… Dans le contexte post-colonial, les « sapeurs » immigrés en Europe aiment ne pas se « faire discrets » (ce que les sociétés occidentales leur demandent). Les sapeurs consacrent des sommes très importantes à leurs dépenses de mode. Ils ont une connaissance pointue du vêtement et en parlent beaucoup (la sapologie est aussi une culture langagière très riche, avec des déclinaisons musicales sans fin). JMWeston, Capo Bianco, Daniel Hechter, mais aussi Balenciaga, YSL, Yamamoto… sont parmi leurs marques préférées. Aujourd’hui, des petits labels se créent à Paris, et des marques comme Paul Smith se saisissent de la sapologie pour en faire une référence de mode.

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Manuel Charpy

L’historien-chercheur Manuel Charpy (CNRS, Université Lille 3) raconte une aventure de mode : la longue histoire de la Sape, de la colonisation aux migrations (XIXe-XXe siècles).